

Arallué-Ray Barretto
Oye Como va - Tito Puente
Belleville - Django Reinhardt
Qu'est ce que le Latin Jazz Manouche Concept...
Le concept de « latin jazz manouche » est au départ une vision naïve et profane de la musique latine. J'ai utilisé le savoir-faire "jazz manouche" - une musique que je pratique depuis ma plus tendre enfance – pour interpréter la musique latine que j'ai découverte au fil du temps et des expériences musicales.
Petite histoire
Tout a commencé un soir, en rentrant d'un concert, tard, très fatigué ; je cherchais une station de radio pouvant me tenir éveillé et je suis tombé sur une musique incroyable. C’était Hector Lavoe "La Murga". Ce fut un coup de foudre musical pour cette musique colorée et dansante, teintée de jazz, à la fois savante et facile à écouter, empreinte de ces charmes spécifiques aux riches traditions populaires ; et en cela, le lien avec le jazz manouche était évident.
l'apprentissage
Je me suis donc mis à écouter beaucoup de salsa pour m’en imprégner et l’appréhender de manière intuitive. Puis j’ai essayé de la rejouer d’oreille sur ma guitare ; l'harmonie d'abord... les rythmes ensuite... J'ai commencé par la « Fania all star » (Fania Records est une maison de disques fondée en 1964 par Johnny Pacheco), Célia Cruz, Willie Colón, Héctor Lavoe, Ruben Blades, Ray Barretto... En passant par des artistes plus jazz afro-cubain tel que Mongo Santamaria. Pour moi le parallèle avec « ma » musique, le Jazz manouche, me paraissait de plus en plus édifiant.
Je connaissais déjà le latin jazz de Dizzy Gillespie - une de mes idoles - mais pas le coté plus populaire du "Latin". J'y ai retrouvé l’évolution que nous vivions dans le jazz manouche en France avant l'engouement médiatique des années 2000: la folklorisation des jazz "revival" (arrêtés dans le temps). Django Reinhardt était un jazzman, mais ses successeurs acoustiques fans de ses débuts, étaient perçus comme des musiciens "folkloriques" par une certaine intelligentsia, parce que marqués par la culture manouche. Il en fut de même pour le Latin pourtant très influencé par le Jazz.
L'enregitrement
En essayant de comprendre ce monde nouveau, inaccessible, réservé à des aficionados de très longue date, j'ai buté, pris des mauvais chemins, puis compris qu'il fallait avoir une culture chronologique. Là j'ai découvert Benny Moré et ses Son Montunos », ses Cha cha chas , et Guarachas. J'ai donc choisi d'étudier tout les métiers de percussions qui composent la Salsa : Martillo, Tumbaos, Timbales... Tel un élève débutant mais assidu. Après j'ai reproduit les Montunos (accompagnement rythmique du piano), ce qui ma forcé à utiliser le Tres Cubain et le Tiple Colombien (guitares de le musique latine).
Quelle est la place de la guitare?
La colonne vertébrale de la salsa est "la clave" (percussion), et tous les instruments s'y greffent comme la "pompe" (guitare rythmique) dans le jazz manouche. Mais mon projet initial était de jouer cette musique avec un groupe de jazz manouche. J'ai affecté à la guitare rythmique le rôle des Tumbaos (éléments représentés par les congas et la contrebasse). J’ai aussi reproduit tous les éléments percussifs de la salsa. J'ai, par exemple, utilisé des coups de médiator, « Golpe » (emprunts au flamenco) sur la caisse de la guitare et des grattages étouffés de médiator pour imiter la Cascara (autre composante de la rythmique).
Et finalement c’est en regardant les danseurs que j'ai compris ce qui me manquait dans l’intégration du rythme.
Parenthèse brésilienne
Mes recherches se sont dirigées aussi vers la Samba et le Choros. J'y ai appliqué une rythmique proche de la caisse claire mais très éloignée de la rythmique "Bossa manouche" utilisée dans les orchestres actuels. J'ai choisi la guitare sept cordes en guise de basse pour me rapprocher au maximum du groove brésilien dans la chanson de Cartola "Preciso me encontrar" et pour ma composition "Sambaoré".
Vers un Latin-jazz Manouche ou un Jazz-Manouche latin ?
Les deux. Dans cinq morceaux, Arallue et Tin tin deo, Oye como va, Funkito, et Gypsy guajira, le climat Latin-jazz est clairement représenté. Dans les autres morceaux qui sont des chansons plus populaires, j'ai greffé des improvisations jazz, voire jazz manouche.
Quand à « Belleville » et « Les yeux noirs », qui viennent du répertoire jazz manouche, je les ai réarrangés en Son montuno, Merengue...
Et les musiciens du cd?
Les musiciens que j'ai choisis pour ce disque sont des compères de toujours au sein du jazz manouche, des gens de talent et de confiance ; et ils ont répondu présent cette fois encore.
Mis à part Patrick Vassort qui est spécialiste de la Salsa et m'a été d'un grand soutient, tous les musiciens ont du réinventer leur instrument. (violon, guitare).
Et les musiciens du spectacle?
Sensiblement les même que dans le cd sauf un qui vient redoré le blason latin, car il s'agit du percussionniste, chanteur, bateur cubain Lester Alonso Vazquez.
Bref
J'ai voulu que ce concept soit une vision personnelle, mais documentée et écoutable par des habitués du style Latin dont certains m'ont beaucoup aidés.